Le Temps du 4 mars 2009
«Unfinished Stories» d’Abel Davoine rêve d’ailleurs désenchantés
Grandes ambitions et petits moyens se le disputent dans ce premier long-métrage du Genevois Abel Davoine, qui s’inspire d’une nouvelle peu connue de Raymond Chandler, A Couple of Writers (1951). Malgré sa source américaine, son titre en anglais et sa localisation bretonne, Unfinished Stories risquera de sembler bien suisse au spectateur pour qui cela signifie surtout une certaine impuissance fictionnelle. Mais par rapport à d’autres, ce film-ci a au moins l’avantage d’en faire son sujet même.
C’est transposés en Bretagne, retirés dans une maison isolée pour travailler, qu’on découvre Mark et Marion, un couple d’écrivains sur le point de se séparer. Auteur de polars désabusé, Mark n’a plus la force de retenir Marion, qui se consacre à un recueil de nouvelles. Rongés par l’insatisfaction, tous deux cherchent dans l’écriture la reconnaissance qu’ils ne trouvent ni en eux-mêmes ni dans leur partenaire. Après une journée d’errance, chacun de son côté, ils finissent pourtant par se retrouver…
Est-ce bien assez pour faire un long-métrage? Oui et non. Car si la source intrigue et s’avère riche d’humanité, le manque d’action de ce récit de l’auteur du Grand Sommeil est patent. Là-dessus, plutôt que de filmer des disputes pénibles ou un travail auquel les protagonistes eux-mêmes ne croient plus assez, le jeune cinéaste choisit de se situer dans les temps morts. De là une certaine étrangeté – difficile toutefois à transformer en expérience de cinéma mémorable.
L’âge des désillusions venu, les protagonistes donnent parfois l’impression de s’être enlisés dans les vases du golfe du Morbihan. C’est bien sûr voulu. Une longue séquence, presque digne d’un film de Tsai Ming-liang, voit Mark nager dans le port et s’extraire péniblement de l’eau. Mais si le corps répond encore, l’âme manque cruellement d’élan. Après le départ de Marion, il se remet à boire, puis se rend au village sans but précis. De son côté, elle ressasse ses doutes et ses frustrations devant une amie, quelques scènes du passé venant étayer ses propos.
Si on retient une séquence quasi documentaire chez un ostréiculteur et une autre de concert dans un bar, qui voit Mark se refermer sur lui-même malgré la stimulation d’une jeunesse admirative, un certain manque de naturel des dialogues et de vibration du décor empêche le film d’imposer sa vision. L’emploi de la vidéo, avec l’impression de grisaille qui s’en dégage, n’y est bien sûr pas étranger.
Peut-être qu’une meilleure maîtrise des dimensions temporelle (la journée qui s’écoule) et spatiale (les allers-retours) aurait pu pallier le peu d’action et de chair du récit. Mais en l’état, malgré toute l’intelligence et l’expérience en jeu, l’ennui guette et les retrouvailles des protagonistes ne remuent guère. Reste une tentative intéressante, pour qui n’est pas rebuté par un peu d’introspection.
Norbert Creutz
La Tribune de Genève, cahier Week-end du jeudi 5 mars 2009
Le réalisateur genevois Abel Davoine filme un couple d’écrivais à la dérive et privé d’inspiration.
Retiré dans in coin de Bretagne, Mark, romancier désabusé, et Marion, qui a tout quitté pour écrire son recueil de nouvelles, ne se supportent plus. Rongés par les frustrations, l’insatisfaction et l’absence de reconnaissance mutuelle, les artistes s’éloignent pour mieux se retrouver. Inspiré d’une nouvelle de Raymond Chandler Un couple d’écrivains, ce premier film confronte deux âmes perdues et fermées sur elles-mêmes. Si l’écriture est au centre du film, elle n’est pourtant jamais montrée mais semble toujours présente. Avec ses paysages âpres, ses dialogues désincarnés et ses plans fixes contemplatifs, Unfinished Stories se veut une œuvre singulière et courageuse par son parti pris narratif. Un film sur le doute, l’incommunicabilité et l’introspection d’un écrivain en stand-by.
David Nicolas Parel
à suivre (on mettra tout, promis!)
24 Heures
« Adaptée très librement d'une nouvelle de Raymond Chandler, cette chronique bretonne d'une journée dans la vie d'un couple d'écrivains s'étire en longueurs. Aigris par le manque de succès, désolés par leur pannes d'inspiration, lui, alcoolique et dépressif, et elle, névrosée et égocentrique, se chamaillent, se quittent, se retrouvent. Pesant. »
CLe
Le Matin
« Un film dont les héros s’ennuient autant à l’écran que les spectateurs dans la salle. »
R.W.