Cinéma ABC
Ce long-métrage relate l'incommunicabilité du couple, par les dialogues et un traitement esthétique. Crise du langage : l'homme et la femme parlent comme s'ils écrivaient, s'écoutent parler, faisant de leur rupture le commencement, l'hypothèse du récit. Abel Davoine donne à cette dialectique une profondeur éblouissante et nouvelle, au croisement de l’essai littéraire, au sens de l’oralité, et de la nouvelle cinématographique. Les monologues vident les personnages et offrent au spectateur à s’y engouffrer, à les habiter.
Annick Vuille

cinema.ch
"Parce que le désenchantement n'est jamais très loin"
Synopsis :
Il y a la Bretagne, sa nature, sa solitude. Cette impression aussi d'être au coeur des choses dans ce coin de pays, loin du vacarme des villes, de la course au progrès et de la modernité. C'est dans ce cadre un peu reculé qu'on découvre, en ouverture, une paisible demeure où un homme et une femme sortent des bras de Morphée. C'est l'aube. Le soleil se lève sur leur existence et la journée qui les attend est destinée à être différente de toutes les autres. Ce jour-là en effet des abcès allaient être crevés, des non-dits éclater en mille morceaux. Ce couple s'apprête à (re)jouer la déchirure qui, un beau matin, devient tout d'un coup inéluctable. C'est alors le bal des êtres qui commence et qui entraine avec lui ses précieuses et éternelles thématiques: l'incommunicabilité, l'hypocrisie, l'hermétisme, le jeu, la comédie, le tragique, le mensonge, le doute et l'orgueil. Une rupture qui sonnera d'abord comme un rappel à soi, à une introspection, pour finalement mener sur une ouverture à l'autre. Ou pas.
Critique :
Abel Davoine et son chef opérateur Gregory Bindschedler savent filmer la nature, les plages de vase, les minéraux, les courants d'eau, les arbres, la végétation. Avec pudeur et avec drame. C'est peut-être ce qu'il y a de plus remarquable dans Unfinished Stories, une maitrise qui permet aux choses de s'animer secrètement, de révéler leur nature profonde. C'est là l'excellence de ce film: des tourments cachés saisis par une caméra qui respecte néanmoins son sujet, sans le violenter, sans chercher à le brusquer. S'ajoute à cela une réussite rythmique où l'aménagement général – entendez le montage – possède un je-ne-sais-quoi de curieux, d'intéressant, de bien mené. Il y a de la précaution, de la justesse. En somme un bon tempo, clair et équilibré. Et puis, il y a ces calmes soudainement installés qui sont aussi le signe d'autre chose qui se trame en-dessous, qui dérive, tourmenté. Parfois, ce cadre fixe, immobile en vient même à faire surgir le désenchantement des personnages, de l'atmosphère ; mais ailleurs, il désenchante aussi le spectateur. Il y a en effet certaines longueurs qui paraissent inappropriées du point de vue de l'intrigue, des superflus, des accents qui ont été mis là où ce ne serait pas, semble-t-il, à tout prix nécessaire. Et c'est de cette manière que va se poser le problème des dialogues et même parfois du jeu des acteurs. Ce dernier est souvent « poussé », manquant pour beaucoup de naturel et de spontanéité, et ce surtout dans la conversation. En effet, les personnages, tous deux écrivains, « parlent comme ils écrivent et s'écoutent parler », c'est là un partis pris qui dérange moins pour la perplexité qu'il peut provoquer chez le spectateur que par le fait qu'il empêche l'émotion d'être là, d'advenir. C'est certes un « effet » qui permet de mieux saisir certaines situations, de les rendre plus intelligibles, mais cela évite du même coup de les ressentir. Ce qui provoque une certaine absence d'empathie et même pire encore un relatif désintérêt pour le destin de ces personnages, voire pour l'aboutissement de cette histoire. Mais c'est là un point qui est peut-être, au fond, ce que le réalisateur cherchait paradoxalement. On a envie de penser que c'est maladroit de sa part tout en se disant que c'est peut-être nous-mêmes qui sommes maladroit de penser de la sorte. Reste donc, tout au bout du film, une perplexité. Et, au fond, on peut dire que c'est tant mieux.
Mathieu Poget


cine.ch
Pure poésie. (Enfin) du "vrai" cinéma !
Un couple d'écrivains se défait au petit matin, par doute, par lassitude, par espoir de vivre plus intensément quelque chose de nouveau, de fort. La journée se passe. Le couple se reforme simplement, plus solide, rassuré sur le chemin à suivre. Voilà une histoire simple, dont on connait d'avance le dénouement.
Aussi, on ne sort pas de "Unfinished stories", en criant "génial", "trop fort", ni en riant aux larmes, ni les tripes toutes retournées, ni même le coeur léger. Pas de sexe, pas d'action, pas d'effets spéciaux ni mouvements de caméra. Rien de tout ce qui fait le cinéma de divertissement d'aujourd'hui, qui parasite, qui interfère, qui nuit (oserons-nous dire) à la narration. Juste une image captivante, esthétisée à l'extrême, avec tout les risques que cela comporte. Des silences, des soupirs, des situations simples et élémentaires emmenées par des acteurs et des non acteurs d'une grande sincérité.
Non! On sort de "Unfinished stories", un peu groggy, ne sachant pas trop ce que l'on a vu, ce qu'il faut penser, une sorte de "no man's land des sentiments" absolument paradoxal, car au fond, on sent que quelque chose se passe, que quelque chose est sur le point d'éclore. Et puis on avance dans la journée, dans la nuit, et le film poursuit sa route à l'intérieur, infiniment présent. Les images ressurgissent. L'esprit les recherche pour s'en nourrir. La mémoire poétique totalement imprégnée d'une heure quinze minutes de bonheur visuel, d'illusions magnifiques (que l'on se souvienne de la séquence du "bain de mer" (et l'on pourrait dire aussi de la souffrance de l'acteur, condamné à se baigner quasiment nu dans un océan glaciale de fin d'automne) ou des "natures mortes" caravagesque (la cafetière sur le fourneau, la végétation sauvage qui rythme le film...), ou encore des portraits en gros plans d'une étonnantes franchises. Une écriture "photographique" dans ce qu'elle a de plus essentielle, louvoyant sur les rivages du Beau. Un pure bonheur!
A mi chemin entre un Ozu et un Manuel de Oliveira, Abel Davoine nous émerveille à chaque plan.
Pour un budget aussi ridicule de 150'000.-CHF (à peine le salaire journalier d'un Pitt ou d'une Joly), on se dit que le cinéma (suisse ou mondiale) à encore de beaux jours devant lui.
Ce premier film n'est certes pas exempt de défauts, des petits détails par ci, par là qui pêchent (bruits de fonds submergeant le dialogue, éclairage trahit une fraction de seconde sur un visage, texte dit par l'actrice plutôt qu'interprété, à moins que cela ne lui soit propre...) , et surtout une absence de sous-titre pour la chanson, élément clé, central du film, qui aurait bien mérité (pour le spectateur du moins) le sacrifice d'un peu d'esthétisme, à moins que cette absence ne soit due à des raisons budgétaires).
Que dire de plus, si ce n'est "Voyez ce film!", tout en prenant garde, bien entendu, d'être dans des conditions de réceptivité et d'ouverture les plus grandes possibles.
On espère quoiqu'il en soit qu'Abel Davoine nous offrira prochainement un nouvel instant de pure cinéma.
ch2

 

daily-movies.ch
Unfinished Stories (En salle)
Afin de trouver une meilleure inspiration dans l'écriture, un couple d'écrivain s'est installé dans un coin tranquille de Bretagne. Mark tente d'écrire son roman et Marion un recueil de nouvelles, mais le couple peine à trouver la sérénité qu'il souhaitait atteindre en emménageant dans ce petit coin reculé.
L'action du film se déroule sur une journée, commençant par cette citation énigmatique de Paul Celan : « Il y avait de la terre en eux, et ils creusaient ». Après une longue scène, où Mark se baigne, Marion lui annonce assez abruptement qu'elle le quitte. Elle semble attendre un réveil de Mark, qui lui même semble avoir besoin de reconnaissance pour son travail. Tous deux sont dans l'attente de quelques chose que l'autre ne peut pas donner.
Tiré d'une nouvelle de Raymond Chandler, « A couple of writers », « Unfinished Stories » peine à captiver, malgré l'intimité qu'a su instaurer le réalisateur. Des scènes trop longues cassent le rythme du film et lassent le spectateur. Au moins Abel Davoine a su mettre en avant la beauté de la Bretagne, ça donnera peut être envie à certains d'aller y faire un tour...
Carole-lyne Klay